Le 4 décembre, les Passeurs de la formation Migrantour sont partis découvrir en compagnie de l’historien Jean Barthélémi Debost du Musée de l’histoire de l’Immigration, l’un des rares lieux d’Île de France possédant un patrimoine bâti en lien avec l’histoire de l’Immigration : le Cimetière musulman à Bobigny.
Premières tombes des années 30
Ouvert en 1937, lorsque l’Empire colonial français était à son apogée, il est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 2006, il représente une des trois étapes d’un projet politique qui date du lendemain de la Première guerre mondiale : construction de la mosquée de Paris, puis création d’un hôpital réservé aux malades musulmans (l’hôpital franco-musulman devenu hôpital Avicenne), enfin création d’un cimetière destiné aux musulmans. Ce projet participe à la fois du témoignage de la reconnaissance de la France à ses sujets coloniaux dans le contexte d’après la guerre de 1914-18 mais aussi du contrôle social de ces populations venant d’Algérie et d’Afrique du Nord, suite à la crise de 1929. On estime qu’il y a entre 30 000 et 50 000 travailleurs en Île de France issus d’Afrique du Nord à cette époque.
Salle de prière
Outre l’espace d’inhumation proprement dit, le cimetière comprend un ensemble bâti composé d’un porche, d’une cour, d’un logement, d’un lieu d’accueil et d’une salle de prière.
En venant du centre de Bobigny, nous traversons une petite zone essentiellement industrielle ; au bout de la Rue Arago, nous apercevons enfin le monumental porche néo-mauresque du cimetière.
Cimetiere musulman à Bobigny

Le plan du Cimetière
Echanges
Tours et lotissements voisins, voies ferrées, route nationale, travaux perpétuels…face à l’urbanisation triomphante, le lieu symbolise aussi une résistance paysagère. Les quatre hectares du cimetière furent installés sur d’anciennes cultures maraîchères, le lieu de pleine terre sans un quelconque apport de béton (dans sa partie ancienne) inspire une certaine quiétude avec une spatialité champêtre propre.
Champêtre
Il fût pourtant menacé au milieu des années 2000 lorsque deux carrés furent dévastés (à l’hôpital Avicenne, le perron monumental ouvrant sur la colonnade mauresque est démoli) juste avant la décision de protection patrimoniale et son inscription aux Monuments historiques.
Au milieu du tissu urbainIl comprend aussi un carré militaire où des soldats musulmans ont été inhumés entre septembre 1944 et février 1954. Certains ont combattu au cours de la Seconde guerre mondiale.
Carré militaire Le Cimetière recouvre depuis les années 30, de nombreuses aires géographiques et des différents courants de l’Islam …
Tombe de Boughera El Ouafi
Sépulture de M. Boughera El Ouafi (1899-1959) : originaire du Constantinois en Algérie, médaille d’or d’athlétisme en 1928 aux Jeux Olympiques d’Amsterdam.
Le Khan  perse Amir Mosadegh
Khan Abou-alghasem Khajeh Noori Tombe du Khan perse Abou-alghasem Khajeh Noori au nord de l’Iran, surnommé Amir Mosadegh, un des descendants du chancelier de Nasser la-din Shah.
Tapa Tchermoyev A l’arrière plan, on distingue une tombe avec un drapeau vert, il s’agit du Tchètchène Tapa Tchermoeff, fondateur de la République Montagnarde du Nord Caucase en 1918.

Sépulture Indienne GujaratiSépulture Bohra d’un commerçant chiite ismaélien venant de l’Océan Indien et originaire du Gujarat en Inde. On remarque les trois écritures distinctes : latine, arabe et gujarati.

Ressortissant du Sénégal
Tombe d’un migrant du Sénégal en Afrique de l’Ouest.

Lieu d'usage et de mémoire Aujourd’hui, le Cimetière musulman à Bobigny est un lieu dont la valeur d’usage est forte. La très grande partie des visiteurs sont d’abord là pour se recueillir sur la tombe de leur proche. Mais parce qu’il témoigne dans le temps d’une population colonisée, immigrée et musulmane en France, c’est aussi un lieu patrimonial exceptionnel de l’histoire de l’immigration.

Pour plus d’information :
Le Cimetière musulman à Bobigny par le CDT 93

Mosaique

MIGRANTOUR

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5 commentaires au sujet de l'article “Cimetière musulman à Bobigny

  1. Gaumand

    Contrairement à la mosquée de Paris (1920) qui relève d’une initiative privée soutenu par le gouvernement, l’initiative de l’hôpital franco-musulman et le cimetière de Bobigny revient au département de la seine. Malgré cela le cimetière ne trouvent pas à s’implanter, contrairement à l’hôpital situé dans le cœur du quartier latin. Raison pour laquelle il est excentré à Bobigny. Celui-ci manquant assez vite de place, l’extension du cimetière va se faire vers celui de Thiais – situé à 7 kilomètre de Paris.

    L’ex-centrage de ces cimetières, et donc de l’enterrement n’en relèvent pas moins un processus d’ancrage d’une population venue en France au départ avec un espoir de retour, espoir susceptible de perdurer d’autant plus si le corps de l’aïeul est transféré dans le pays d’origine. L’enterrement dans le pays d’immigration est à la fois le signe de l’établissement permanent des populations et du renoncement au retour sur la terre natale.

    Juliette Nunez souligne d’ailleurs que “de nos jours, entre les tenants d’une position laïque et les partisans de la différenciation confessionnelle, chemine la conscience que l’ancrage des morts dans la terre d’immigration est un gage d’intégration et de pacification sociale et religieuse”. De ce fait, il est possible de percevoir les cimetières comme constitutifs de véritables écoles de citoyenneté et d’ouverture sur la vie sociale et religieuse des vivants. L’ensemble invitant à la lecture d’un espace public de cohabitation de tombes, d’alvéoles et d’enclaves.

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